L’école à la maison

L’école à la maison
L’école à la maison - Crédit : jolopes/Adobe
Et si on n’allait pas à l’école ?!
Et oui c’est possible, certains font le choix de l’instruction à domicile. Et si c’était le moyen pour eux de regagner confiance et joie d’apprendre ?
Rencontre avec Isa Lise, membre de l’association LAIA (Libre d’apprendre et d’instruire Autrement) auteur de Faire l’école à la maison (ed. Eyrolles – mars 2017) et maman de filles instruites à la maison, hors des sentiers battus.



Pourquoi les parents choisissent-ils de faire l’école à la maison ?
Isa Lise : Les raisons de ce choix sont multiples. Certains parents font en effet ce choix bien avant que l'enfant soit né ou lorsque l'enfant est petit. Ce choix peut être lié à une insatisfaction du système scolaire en place et/ou à un désir d’explorer d'autres pédagogies à domicile (de type Montessori par exemple). Ces parents peuvent également chercher à changer le système en proposant une éducation alternative où la coopération et l’écoute priment. Généralement, ils souhaitent permettre à leur enfant de grandir à son rythme.
D'autres parents souhaitent permettre à leur enfant d'exceller, ce qui leur semble difficile avec le système scolaire actuel, les programmes leur paraissant manquer de sens et de profondeur.
Et puis, certains se trouvent tout à coup confrontés à des difficultés à l'école, leur enfant est en souffrance et ils se tournent alors vers l'instruction à domicile pour mieux répondre aux besoins particuliers de l'enfant et lui donner le temps de reprendre confiance. Cette déscolarisation est alors ponctuelle ou durable.
Pourtant, il n'est pas rare que d'autres motivations s'ajoutent immédiatement ou au fil du temps : respect du rythme, valeurs, goût pour une certaine liberté, etc.
Ainsi les principales motivations sont l'épanouissement de l'enfant, le fait de suivre son rythme personnel, de répondre à ses besoins.
A celles-ci s'ajoutent un goût récurrent pour la liberté d'apprendre autrement, le désir de créer une autre relation avec ses enfants et d'avoir une meilleure qualité de vie en se donnant la possibilité de modifier son emploi du temps au jour le jour, de prendre le temps de se reposer, de respecter ses valeurs, d’entretenir un environnement bienveillant, une simplicité volontaire, etc.



Est-ce que les enfants non scolarisés ne sont pas demandeurs de relations avec d’autres enfants ?
Isa Lise : Bien sûr que la majorité des enfants souhaitent entrer en contact avec d'autres enfants. Mais l'instruction à domicile ne signifie pas davantage « absence de relations avec d'autres enfants » que l'école ne signifie « amitiés garanties ».
En effet, les enfants sans école peuvent échanger avec leurs frères et sœurs bien sûr, mais également avec des cousins, des enfants des groupes « non scos », des enfants rencontrés lors d'une activité sportive ou artistique, des enfants d'amis, des voisins scolarisés ou même avec des personnes plus âgées. Si l’isolement géographique ou l’âge de l’enfant (adolescence) peuvent compliquer les contacts, les familles rivalisent souvent d'imagination pour créer des rencontres. De plus, l'instruction en famille libère de la norme et révèle qu’un enfant de 10 ans peut sympathiser avec tous les âges et non pas seulement avec d’autres enfants de 10 ans comme on l'apprend dans le système classe. Le champ possible des relations est alors plus grand.



Pour les parents aussi ça peut être difficile, on se fait quand même quelques amis à la sortie de l’école ?
Isa Lise : On se fait également des amis dans les groupes sans école.



Quelles sont les principales difficultés des parents qui décident de faire l’école à la maison ?
Isa Lise : Je dirais que la principale difficulté, c'est le regard des autres, les préjugés. Ce regard est encore plus pesant lorsque l'instruction à domicile s'est imposée suite à une souffrance scolaire. La famille doute souvent d'elle, elle aimerait avoir un peu de soutien et a parfois le sentiment d'en manquer. Heureusement la communauté sans école est généralement solidaire et rassure les nouvelles familles. Au fil du temps, on apprend à croire en soi.
La seconde difficulté peut être d'origine financière. Cependant, de nombreuses familles apprennent à vivre autrement et beaucoup tendent vers une simplicité volontaire où les produits de marque et de mode sont évités, où l'on cherche à cultiver son jardin, à opter pour des produits sains et véritablement nécessaires.
La troisième difficulté, c'est d'apprendre à ne pas se comparer aux autres familles. La pression extérieure est fréquente, mais la pression intérieure aussi. Les parents veulent souvent agir au mieux et ont parfois le sentiment que les autres familles font beaucoup mieux qu'eux. Les parents ont alors besoin d'apprendre à croire en eux, ce qui se fait souvent au fil du temps.



Enseigner ce n’est pas forcément « un métier » ?
Isa Lise : On peut tout à fait choisir l'instruction à domicile et ne pas être issu du corps enseignant car instruire son enfant ne signifie pas la même chose qu'enseigner à une classe où différentes compétences sont utiles.
D'autre part, on peut choisir de ne pas enseigner et d'accompagner l'enfant. Dans ce cas la relation au savoir est totalement différente, ce n'est plus l'adulte qui se présente comme détenteur du savoir, mais l'enfant qui interroge et l'adulte qui l'encourage à chercher ou qui répond. Souvent, le parent sans école est bien davantage un accompagnateur qu'un enseignant particulier.



Faire l’école à la maison c’est un choix qui coûte cher non ? Il faut occuper les enfants, assurer les apprentissages en faisant parfois appels à des tiers…et on doit se priver d’un salaire ?
Isa Lise : En fait tout dépend. D'une part, cela dépend de l'âge de l'enfant, des choix pédagogiques et des compétences des parents, il est possible d'accompagner son enfant sans avoir recours à un tiers, tout est une question de circonstances.
D'autre part, en fonction des choix, les frais seront plus ou moins grands. En effet, un certain nombre de parents sans école achètent de nombreux livres, de supports, jeux et matériels pédagogiques. En revanche, vêtements et chaussures peuvent être moins renouvelés, les gadgets sont moins fréquents, la pression "marques ou objets à la mode" étant peu ou pas présente. On peut également économiser sur les frais de voiture, de cantine. Les livres peuvent être empruntés ou achetés d'occasion, même chose pour un certain nombre de supports. Les dépenses dépendent donc de l'âge de l'enfant et des choix familiaux.
Quant au salaire, dans certaines familles, les deux parents travaillent, c'est alors une autre organisation qui est mise en place avec parfois un 80 %- 80 % ou encore la présence de l'enfant sur le lieu de travail. Certains conservent leurs deux emplois à plein temps.



Une fois qu’on en est sorti, on peut ré intégrer le système scolaire classique ? Ce n’est pas un choc pour l’enfant ?
Isa Lise : Il est en effet possible de ré intégrer le système scolaire classique à tout moment. Si l'enfant intègre l'école primaire, il suffit de l'inscrire dans sa classe d'âge (ou niveau, mais dans ce cas il est probable qu'on demande de justifier cette demande). A partir du collège, des tests sont prévus afin de s'assurer que l'enfant peut intégrer la classe demandée.
Si l'enfant a connu une période courte sans école, il s'intègre généralement très bien, sauf s'il s'agissait d'une déscolarisation liée à une souffrance car la souffrance peut alors réapparaitre si le problème n'a pas été résolu.
A l'école primaire, si l'enfant était d'accord avec ce choix, l'adaptation est généralement très rapide.
Lorsque l'adolescent a connu une période longue sans école, il a besoin d'un temps d'adaptation. S'il n'a pas eu l'habitude des devoirs, il doit découvrir les codes scolaires, la manière de les rédiger. Fréquemment, les enfants anciennement sans école obtiennent d'excellents résultats. De plus, il n'est pas rare que des jeunes aient besoin de temps pour comprendre pourquoi aucun ou peu d'élèves répondent aux questions, pourquoi les autres ados semblent si démotivés. Il a régulièrement besoin d'un temps pour comprendre le mode de fonctionnement des jeunes au collège, certains ne s'y retrouvent pas et préfèrent revenir apprendre à la maison pour ensuite privilégier une intégration dans un lycée ou même un établissement supérieur ou bien encore dans la vie active.


Faire l'école à la maison, Isa Lise - 2017
10€ Editions Eyrolles

http://fairelecolealamaison.blogspot.fr

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